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La grippe A (H1N1)v : Retours
sur « la première pandémie du XXIe siècle »
Rapport du Sénat n° 685
(2009-2010), tome I, déposé le 29 juillet 2010
https://www.senat.fr/rap/r09-685-1/r09-685-111.html
2. La « fausse pandémie »
Les critiques sur la fausse alerte pandémique ont été renforcées par le
changement de définition de la pandémie grippale auquel aurait procédé l'OMS,
dans les mois ayant précédé la déclaration du passage en phase 6 le 11 juin
2009. Dans sa proposition de recommandation, à l'origine du rapport de l'APCE
présenté par M. Paul Flynn, M. Wolfgang Wodarg évoque ainsi de « fausses
pandémies ».
Le programme mondial 2009 de l'OMS de lutte contre une pandémie grippale
s'inscrit dans le cadre défini par le règlement sanitaire international (RSI)
révisé en 2005. Le RSI révisé a établi une procédure en cas d'« urgence de santé
publique de portée internationale », et non de pandémie, ce terme ne figurant
pas dans le RSI. En application des dispositions du premier alinéa (1.) de
l'article 12 du RSI, « le directeur général détermine, sur la base des
informations qu'il reçoit, en particulier de l'Etat Partie sur le territoire
duquel un événement se produit, si un événement constitue une urgence de santé
publique de portée internationale » 47 ( * ). Les recommandations de l'OMS
faisant suite au passage en phase 6 du niveau d'alerte pandémique ont été la
réponse à une urgence de santé publique.
Cependant, lors de son audition par la commission d'enquête 48 ( * ), M. Tom
Jefferson a observé que « la grippe pandémique est ce que l'OMS décide qu'elle
est », en s'appuyant sur les travaux d'un étudiant doctorant à Harvard, M. Peter
Doshi, à qui l'utilisation d'un logiciel Internet, Wayback Machine, a permis de
retrouver les anciennes définitions : de 2003 à 2009, une pandémie a été définie
par l'apparition de « plusieurs épidémies simultanées à travers le monde avec un
grand nombre de décès et de maladies » ; un changement a été opéré entre le 1 er
et le 9 mai 2009, faisant disparaître le critère de gravité. Toujours selon ces
travaux, le contenu des pages Internet de l'OMS a été modifié, sans changer la
date affichée.
Pour sa part, l'OMS affirme que la définition de base de la pandémie n'a jamais
changé. Citée par M. Tom Jefferson lors de son audition par la commission des
questions sociales, de la santé et de la famille de l'Assemblée parlementaire du
Conseil de l'Europe le 29 mars 2010, Mme Nathalie Boudou, porte-parole de l'OMS,
a justifié le changement de définition sur le site de l'OMS par la correction
d'une « erreur », en affirmant que la définition correcte d'une pandémie devait
faire référence à l'apparition de foyers dans au moins deux régions du monde,
mais n'avait rien à voir avec la gravité de la maladie ou le nombre de décès 49
( * ).
La comparaison des documents de l'OMS (cf. encadré ci-après) montre que, dès
1999, les critères de nouveauté et d'extension géographique du virus ont
toujours été au coeur de la définition de la pandémie (dont l'étymologie même
renvoie à sa seule diffusion), avant la gravité « probable » que revêt une
pandémie. En 2005, si la gravité n'est qu'un des critères de passage d'une phase
à une autre dans le plan mondial actualisé de l'OMS de préparation à une
pandémie, un autre document de l'OMS de planification face à une pandémie
grippale mentionne un « grand nombre de cas et de décès ». En revanche, dans le
programme mondial de l'OMS d'avril 2009 de lutte contre une pandémie grippale,
selon la version actuellement consultable sur son site Internet 50 ( * ), la
gravité n'est plus un critère de définition de la pandémie.
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Evolution de la définition d'une pandémie grippale par l'OMS
En 1999
Dans le plan mondial de l'OMS de 1999 de préparation à une pandémie
de grippe, une pandémie apparaît lorsque sont réunis des critères
géographiques et de gravité :
« La pandémie sera déclarée quand il aura été montré qu'un nouveau
sous-type de virus a causé des flambées sérieuses dans au moins un
pays et s'est étendu à d'autres pays, avec des types de maladies
indiquant qu'une grave morbidité et mortalité sont probables dans au
moins un segment de la population » (« The Pandemic will be declared
when the new virus sub-type has been shown to cause several
outbreaks in at least one country, and to have spread to other
countries, with consistent disease patterns indicating that serious
morbidity and mortality is likely in at least one segment of the
population » 51 ( * )).
En 2005
Dans le plan mondial de l'OMS de 2005 de préparation à une pandémie
de grippe 52 ( * ), la pandémie correspond à une « transmission
accrue et durable dans la population générale ». Si la « gravité de
la maladie » figure explicitement parmi les critères permettant de
distinguer les phases 3, 4 et 5, les exemples donnés en phase 5
prévoient, en revanche, la possibilité de cas isolés et en nombre
limité, avant le déclenchement de la phase 6.
Mais dans la « Liste de contrôle OMS pour la planification préalable
à une pandémie de grippe » diffusée par l'OMS en avril 2005 53 ( *
), la pandémie est définie explicitement par un grand nombre de cas
et de décès :
« Une pandémie de grippe survient lorsqu'apparaît un virus nouveau
contre lequel le système immunitaire humain est sans défense,
donnant lieu à une épidémie mondiale provoquant un nombre
considérable de cas et de décès. Le nouveau virus grippal est
d'autant plus susceptible de se propager rapidement dans le monde
que les transports internationaux ainsi que l'urbanisation et les
conditions de surpeuplement s'intensifient. »
En 2009
Le plan mondial 2009 de l'OMS de préparation à une pandémie de
grippe définit clairement la pandémie du seul point de vue de sa
diffusion géographique :
- en phase 5 : des « flambées soutenues à l'échelon communautaire
dans au moins deux pays d'une même région OMS » ;
- en phase 6, le virus provoque « des flambées soutenues à l'échelon
communautaire dans au moins un pays d'une autre région de l'OMS » 54
( * )
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Les critères de définition d'une pandémie ont donc été modifiés, un peu plus
d'un mois avant le passage en phase 6, le 11 juin 2009, pour une pandémie alors
reconnue comme étant « de gravité modérée ». Cependant, rien n'indique une
modification intentionnelle de la définition, la procédure suivie par l'OMS
répondant à une urgence de santé publique internationale, en application du
dispositif prévu par le RSI modifié en 2005.
Lors de son audition par la commission d'enquête, M. Wolfgang Wodarg a cependant
estimé que la déclaration de l'état de pandémie a été permise par le changement
de définition 55 ( * ),
en s'interrogeant sur l'influence de l'industrie pharmaceutique qui se préparait
de longue date à une nouvelle pandémie grippale. La proposition de
recommandation de M. Wolfgang Wodarg estime que « le soin de définir une
pandémie alarmante ne doit pas être soumis à l'influence des marchands de
médicaments ».
Ces interrogations soulèvent la question de la gestion par l'OMS des conflits
d'intérêts entre ses experts et l'industrie pharmaceutique.
* 47 Source : site de l'OMS (
http://whqlibdoc.who.int/publications/2008/9789242580419_fre.pdf ).
* 48 Audition du 19 mai 2010.
* 49 Op. cit. , p. 12.
* 50 Source :
http://www.who.int/csr/disease/influenza/pipguidance09FR.pdf .
* 51 Source :
http://whqlibdoc.who.int/hq/1999/WHO_CDS_CSR_EDC_99.1.pdf .
* 52 Source :
http://www.who.int/csr/resources/publications/influenza/FluPrep_F2.pdf .
* 53 Source :
http://www.who.int/csr/resources/publications/influenza/FluCheck_F4web.pdf .
* 54 Op. cit. , p. XIII.
* 55 Audition du 16 juin 2010.
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